mardi, 29 mars 2005

Lundi ferié, lundi violent. Pâques sans douceurs ...

Il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur

Samedi soir, encore dans les bras de mon amoureux, je vais au cinéma. Plusieurs fois pendant le film, je lui glisse à l'oreille " j'ai peur, j'ai peur " . Certes, le film est inquiétant. Mais ce n'est pas vraiment de cela dont je parlais. En fait, j'ai peur de rentrer à la maison, j'ai peur de retourner à Lyon le lendemain. L'a t-il compris ?

Le lendemain, sur le quai, après avoir déposé mon sac dans le train, je serre Marc très fort dans mes bras. Et je lui dit, comme à mon habitude : " kidnappe moi ". Et je le serre très fort, très fort.
Je ne veux pas partir. Je le sens, ça va mal se passer. Quelle douleur en le voyant s'éloigner sur le quai. Je m'angoisse. Et j'ai honte. Je ne veux pas que ma voisine le remarque. Je fouille frénétiquement dans mon sac afin d'en extirper mes lunettes de soleil. Et je pleure, et je pleure. Comme une gamine qui quitte sa colo préférée l'été.

Qu'est-ce que j'ai mal. Et surtout honte. Honte de réagir comme ça. Honte d'être malheureuse de le quitter alors que je connais les règles du jeu de la relation à distance.

Crise d'angoisse dans le train en voyant défiler le paysage. Je remue. Je sanglote en silence. Faut pas que ça se voie, faut pas que ça se sache.

Je me calme. Je lui envoie un message un peu brouillé mais dont, je suis sûre, il a compris le sens. Pas de réponse. Puis quelques citations de la chanson de Clarika que j'écoute et qui me bouleverse.

Somnolence en musique, calme, téléphone. Je reprends ma respiration et puis, je me redirige vers les " bonnes manières " de la vie en communauté ! Plus de larmes, plus de lunettes sur les yeux.

20h09 , arrivée en gare de Lyon Part Dieu. Encore une fois, il n y a personne qui m'attend. Personne vers qui me réfugier et me laisser aller. Personne en bas des escaliers à qui confier que je suis malheureuse d'être encore une fois repartie. Pas de bras dans lesquels me blottir .. Rien !

J'arrive à la maison. Je dis " bonjour " tout doucement, un peu exténuée, un peu triste, un peu chagrin. Je me le fais reprocher. J'avais prévenu qu'il ne fallait pas m'attendre pour diner . Il est vrai, que, dans le train, j'étais dans un drôle d'état et peut -être pas très facile à comprendre mais tout de même ...

La soirée , ce sera une instance de discussion féroce et violente le lendemain. Papa débarque dans la chambre et m'ordonne de raccrocher le téléphone.

Le lendemain, il vient me chercher avec ses petits papiers dans les mains. J'ai l'impression d'aller assister à ma propre condamnation. Il me fait ses reproches. Des fois, je suis ( presque ) d'accord . Parfois, pas du tout. Il me crie de ne pas pleurer, que ça suffit comme ça ! Mais papa, ça se commande pas ces choses là ! Il me montre des poèmes et des textes qu'il a trouvé en fouillant dans ma chambre. Là dessus, j'enrage, je lui arrache des mains hurlant que c'est dégueulasse de fouiller dans les affaires des autres. Il bredouille des excuses qui ne tiennent pas la route " chaque parent s'inquiétant aurait fait ça, c'est normal qu'on ait lu "

Ca se termine comme ça. Il range ses petites affaires et va dans sa chambre. Maman n'a même pas pris la peine de venir assister à la " réunion ". Silence.

Et c'est là dessus que je deviens folle, que je deviens dingue. Dans ma tête, ça explose et ça tape trop fort. Faut que tout ça cesse. D'une manière ou d'une autre. Faut qu'ça s'arrête. ET puis ce coeur qui bat aussi vite que les rythmes d'un djembé endiablé, faites le taire !!!

Je marche rapidement vers la salle de bains, ouvre l'armoire à pharmacie complètement enragée et folle, ausculte les boites de médicaments présentes ... Je vois alors maman qui se place presque en face de moi , devant la porte de la salle de bains. Je la claque violemment . S'ensuivent des coups que je me porte à moi même contre les murs dans le noir de cette pièce. A la tête, plusieurs fois jusqu'à en être étourdie. Aux bras. A la poitrine. Et puis, j'emporte une boite de médicaments. Un par un, je les avale. Mon père m'arrache tout de la bouche et des mains. J'hurle en sanglotant et mordant mon oreiller. J'aggripe ma couette en la serrant fort dans mes poings. Toute cette violence à lâcher. Je tremble comme je n'ai jamais tremblé. J'ai mal, si mal, trop mal.

Il me faudra une bonne heure pour me calmer et presque m'endormir. La maison retrouve son calme. Moi aussi.
Le reste de l'apres midi, je le passerai à lire un peu et à dormir. A table, je me surprends à sourire un peu et à dire quelque chose.

Mais il s'est passé quelque chose hier. Si j'avais un psy, il m'aurait dit que ce que j'ai entrepris de faire, c'était une tentative de suicide. Mais moi, je préfère ne pas appeler ça comme ça. Parce que j'ai jamais vraiment eu envie de disparaitre totalement. Je suis juste bien souvent en instance de vie. J'attends le mieux, le meilleur. Et des fois, je me lasse d'attendre. Et je craque. Là, j'ai craqué très violemment, j'ai eu envie de disparaitre. De disparaitre un peu. Pour plus avoir mal.


Aie

Commentaires

Une écriture très tendre et révoltée (j'ai eu le temps de lire juste ta dernière note)...c'est bien l'amour, c'est joli les sentiments...c'est très beau aussi de savoir intervenir sa raison...je te souhaite une seule chose beaucoup de calme, et de prendre la vie avec "un peu de recul" .

Ecrit par : M/S | mardi, 29 mars 2005

Que répondre ?
Là comme ça, les mots ont pas trop envie de sortir.
J'ai l'impression de savoir ce que tu as pu ressentir à chaque instant, est ce dû à ta façon d'écrire ou à ma propre histoire ?
Quand on ne peux pas "punir" l'autre parce qu'il a fait quelque chose de mal, bien souvent, c'est sur soi même qu'on s'acharne... C'était peut être la première fois que ça t'arrivait. ça m'est arrivé à multiples reprises, m'arracher les cheveux, me griffer, me cogner, pour me venger d'être si impuissante face à mes propres problèmes. Les solutions ne sont en effet pas toujours immédiates, et parfois on a l'impression d'étouffer dans nos situations douloureuses, dans nos soucis, les plus gros comme les plus petits, qui ne s'arrangent pas...
m/s parle de recul, je ne te dirai pas d'en prendre, je sais que parfois, c'est impossible. que parfois, la rage, la colère ont besoin de sortir, ou de trouver un "remède". Que c'est pas forcément une bonne solution de tout prendre sur soi.
Un peu comme mon zovirax géant, tu as ton remède contre tous ces maux, même si la distance ne vous aide pas... Mais la distance, avec le temps évidemment, on y trouve des solutions...

Ecrit par : Goldine | mardi, 29 mars 2005

Si j'avais été sur Lyon ce dimanche, je serais venu te chercher .... Ne flanche pas ma L. Tiens le coup, quelques mois te sépèèère du dépèèèèrt ... Je te souhaites vivement de réussir de partir sur Rennes, ça te permettra enfin de te construire, de t'affirmer, pour toi même, de devenir la femme qui sommeille en toi. On est là avec la grenouille quand tu le souhaites tu sais, n'hésites pas. Et quand on aura un appart plus grand, pour tes venues sur Lyon tu pourras toujours venir nous vouèèèèèr ! Que dire de plus, qu'il n'est pas facile de prendre ses marques, de t'affirmer face à tes parents. Qui ne sont que tes parents avec les responsabilités que cela implique, mais aussi des devouèèèèrs. Je t'embrasse très fort ma Crakilu .... Bises.

Ecrit par : le O | mercredi, 30 mars 2005

Honte ? pourquoi toute cette honte dans le train ? honte de quoi ??? de pleurer, d'être triste, d'être mal ??

les "bonnes manières de la vie en communauté", ne te les imposes-tu pas toi-même ?

Etre ce que tu voudrais être, sans ta propre censure... et face à tes parents, cette barrière semble être la même que face aux gens du train... pourquoi ont-ils fouillé ta chambre, te l'ont-ils dit ? peut-être ne savent-ils pas comment communiquer avec leur fille... ils sont certes maladroits, mais tes murs peuvent être infranchissables pour eux...

Et toi qui voudrait trouver la faille pour qu'ils entrent un peu... Tentative de suicide... j'en suis pas sûre... t'as peut-être essayé de faire un passage, entre eux et toi...

Tes parents n'ont peut-être besoin que de quelques mots, mais ne savent pas demander, et pour toi ça n'a pas l'air non plus évident de te livrer... peut-être pour ça que tu te donnes ces coups...

Parler... s'asseoir ensemble à une table, quand toi tu l'auras décidé, pas pour dire quelque chose de spécial, juste parler, leur demander ce qu'ils cherchaient quand ils ont fouillé, de quoi ils s'inquiètent, ce qu'ils pensent de toi... Franchement, sincèrement, calmement... et ça, ça ne dépend pas d'eux, mais de toi.

Car l'orage est certes passé, mais garder tout ça à l'interieur de ton p'tit coeur, ça va encore le faire enfler, jusqu'à une autre crise, un autre appel au-secours...

Arrête de penser que ce que tu fais n'est pas ce qu'il faut faire, que ce n'est pas correct, que ça ne se fait pas, qu'il ne faut pas, que c'est interdit, que c'est trop, ou pas assez, que les autres vont te juger, te détester, te ridiculiser... peut-être que les autres aimeraient t'aider, mais qu'ils cherchent encore parfois la petite fissure par où se glisser... et si tu leur permettais de te considérer pour la personne que tu es vraiment et qu'ils ne connaissent pas ?
C'est à toi d'agrandir cette porte, peu à peu... c'est pas facile, de se battre, contre soi-même, quand les autres ne sont que prétexte à ses propres faiblesses...

Courage Lucie, tu es quelqu'un de "bien" au sens le plus profond du terme, n'essaie pas de te convaincre du contraire.

Je t'embrasse fort...

Ecrit par : Laura | mercredi, 30 mars 2005

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